Requin-aigle : un fossile vieux de 93 millions d'années

Le requin-aigle était une créature vraiment unique. Ses nageoires pectorales disproportionnées sont une caractéristique jamais vue chez les requins.
Requin-aigle : un fossile vieux de 93 millions d'années

Dernière mise à jour : 28 avril, 2021

Aujourd’hui, la plupart des espèces de requins se ressemblent beaucoup. Elles ont des habitudes prédatrices marquées et ont la forme d’une torpille. Une étude publiée cette année dans la revue Science a décrit une nouvelle espèce qui présente des caractéristiques différentes : le requin-aigle ou Aquilolamna milarcae.

Cet étrange animal marin a vécu il y a 93 millions d’années sur l’actuel Vallecillo, au Mexique. Les fossiles de cette créature aquatique ont été parfaitement préservés – ce qui est très rare pour les requins – et présentent une morphologie unique.

La découverte de ce requin jette un éclairage nouveau sur la biodiversité passée des élasmobranches, habitants des marées avant l’arrivée des humains sur la planète. Si vous voulez en savoir plus sur lui, poursuivez donc votre lecture.

Les caractéristiques du requin-aigle

Cet ancien chondrichtyen se distingue par son aspect tout à fait inhabituel. Bien qu’il s’agisse d’un requin, plusieurs de ses caractéristiques rappellent les raies manta d’aujourd’hui.

Le corps de l’Aquilolamna est allongé, hydrodynamique et en forme de tube, comme chez les autres requins. Il se termine également par une nageoire caudale hétéroclose, constituée d’un lobe supérieur plus long et d’un lobe inférieur plus petit, tous deux de forme triangulaire.

Sans aucun doute, ses gigantesques nageoires pectorales sont ses caractéristiques les plus frappantes. Chez les requins des temps modernes, les nageoires sont assez petites. Alors que cet animal mesurait 1,65 mètre de la tête à la queue, l’envergure de ses nageoires atteignait 1,9 mètre.

Ces nageoires pectorales, minces et extrêmement longues se terminaient probablement en pointe. Telles des ailes aquatiques, d’où le nom donné à cet animal.

Curieusement, Aquilolamna ne semble pas avoir les ailerons de requin typiques. Cette étude, publiée dans la prestigieuse revue Science, n’a pas trouvé de nageoires dorsales – le triangle caractéristique sur le dos – ni de nageoires pelviennes, qui devraient être situées sur le dessous et plus près de la queue.

La gueule de cet animal est petite et arrondie et sa bouche est large. Une gueule très différente de la gueule pointue des requins d’aujourd’hui. Aucune dent n’a été trouvée, ce qui suggère qu’il n’en n’avait pas ou qu’elles étaient très petites.

Le requin-aigle rappelle certains raies actuelles.
Le requin-aigle rappelait certains raies actuelles.

Mode de vie et évolution

Comme déjà mentionné, l’apparence de cet animal rappelle celle des raies manta actuelles. Leur écologie et leur mode de vie étaient également extrêmement similaires.

Le requin-aigle nageait sans doute en déplaçant ses nageoires dans une sorte de vol sous-marin, comme le font les raies. Il était également capable de nager lentement en se propulsant avec sa queue. Ses nageoires pectorales n’étaient alors que de gros stabilisateurs moteurs.

La forme de la tête, l’absence de dents et la nage lente indiquent que cet animal n’était pas un prédateur. Le requin-aigle se nourrissait par filtration : il ouvrait la bouche pour avaler de grandes quantités de plancton, tout comme les requins-baleines, les requins pèlerins et, bien sûr, les raies manta.

Malgré leurs similitudes, le requin-aigle n’était pas lié aux raies manta. C’est un exemple de convergence évolutive : les deux organismes sont similaires et occupent la même niche écologique, mais ils sont arrivés à ce point en suivant des chemins indépendants.

Aquilolamna a disparu il y a 66 millions d’années, lors de l’extinction du Crétacé-Paléogène. Les raies manta et autres chondrichtyens filtreurs ont commencé à apparaître environ 30 millions d’années plus tard.

La découverte du requin-aigle

Aquilolamna a été trouvé en 2012 dans les carrières de calcaire du Vallecillo, au Mexique. Ces zones sont réputées au niveau archéologique, car elles abritent un grand nombre de fossiles impressionnants.

Fait intéressant, ce fossile conserve la majeure partie du squelette, mais pas les dents. Normalement, dans le cas des requins, c’est exactement l’inverse qui se produit : seules les dents ont tendance à se fossiliser, car ce sont les seules parties osseuses. Le reste du squelette est cartilagineux et n’est généralement pas conservé.

C’est pourquoi, à ce jour, la taxonomie des requins est largement basée sur les dents. Comme ce spécimen n’en a pas, il est très difficile de déterminer sa classification exacte. Pour le savoir, des études complémentaires seront nécessaires.

D’autre part, cette découverte indique également que d’autres requins fossiles pourraient être plus étranges que prévu. Les dents étant le seul élément connu, il serait impossible de deviner l’aspect du requin. Il convient de noter que même l’apparence d’animaux aussi célèbres que le mégalodon est inconnue.

Une acquisition douteuse

Bien que ces informations soient importantes et nouvelles, elles soulèvent également des considérations éthiques désagréables. L’étude des fossiles des pays à faible revenu tend à véhiculer des pratiques colonialistes et d’exploitation, ce qui est très mal vu dans la société d’aujourd’hui d’un point de vue éthique et moral.

Ces pays ont mis en place des lois pour lutter contre ces pratiques et empêcher le pillage de leur patrimoine culturel et paléontologique. Pourtant, un marché noir très lucratif qui vend des fossiles a émergé en réponse à ces interdictions.

Certains auteurs indiquent que le fossile du requin-baleine aurait pu être obtenu de manière douteuse, via des failles juridiques, en violant les codes éthiques et en se dispensant de collaborer avec des scientifiques autochtones. Sans aucun doute, cela met en évidence la partie la plus sombre de la paléontologie en Occident.

Un fossile bleu d'un poisson.

Quoi qu’il en soit, la découverte de cet animal a été une révolution pour la communauté scientifique dans le domaine de l’évolution. Son existence montre qu’en réalité nous en savons très peu sur le mode de vie et l’apparence des poissons qui habitaient autrefois nos mers.

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