La pollution sonore : l'ennemie des oiseaux

22 octobre, 2020
Pour les oiseaux qui vivent dans les villes, la pollution sonore peut provoquer beaucoup plus qu'une perte de l'audition. Selon de nouvelles études, elle pourrait raccourcir leur vie.

La pollution sonore est une réalité dans toutes les villes qui grandissent et se développent rapidement. De nouveaux maux de tête surgissent avec chaque nouveau projet d’urbanisme, surtout pour les oiseaux.

Les plans urbanistiques et l’industrialisation ne font pas que changer le paysage et les sources d’aliments : ils affectent aussi la nidification des oiseaux et beaucoup de leurs paramètres vitaux.

La difficulté d’étudier la pollution sonore chez les oiseaux

Il est important de souligner que, dans le monde réel, étudier l’effet de la pollution sonore est difficile. Il est en effet nécessaire de distinguer les facteurs stressants les plus nocifs pour les oiseaux au milieu de toute l’effervescence de la vie urbaine.

Par ailleurs, les réactions des oiseaux au bruit dépendent du type de bruit produit, et même de sa fréquence, de son volume, de sa consistance et de sa durée.

Certaines espèces d’oiseaux réagissent de façon plus négative que d’autres au bruit. Par exemple, les oiseaux qui forment des colonies sont beaucoup plus sensibles au bruit : quand un oiseau réagit, ses compagnons l’imitent.

La pollution sonore produit des changements au niveau de la reproduction

Le bruit peut affecter la production d’œufs, l’incubation, l’élevage et la réponse de fuite face aux prédateurs. Il influe aussi sur la capacité de trouver ou d’attirer un autre individu et sur l’efficacité des parents à l’heure d’écouter et de répondre aux appels de leurs petits.

Tous ces facteurs peuvent ainsi déboucher sur une perte reproductive et contribuer à une diminution de la population.

La pollution sonore peut masquer la communication entre oiseaux.

Le bruit peut masquer la communication entre oiseaux

Chez tous les types d’oiseaux, les relations sociales se basent sur la communication sonore. Habituellement, la vocalisation domine une grande partie du contact de premier ordre.

Le bruit de fond peut cacher ou interférer avec la détection de communication ou de menaces, produisant ce que les scientifiques connaissent sous le nom de masquage. Le masquage complique la communication vocale des oiseaux pour attirer leur conjoint, défendre leurs territoires et fuir les menaces, car le bruit peut camoufler les appels d’aide et les signaux d’alarme.

Il est par ailleurs important de prendre en compte que les appels de contact contribuent à maintenir la cohésion du groupe. C’est pour cela que le masquage peut potentiellement aboutir à une perte d’individus ou à la rupture de la cohésion de groupe.

Pour exacerber ce problème, il est commun que le « chœur de l’aube » des oiseaux se superpose temporairement au moment où il y a le plus de circulation. Le bruit peut donc, pour toutes ces raisons, déterminer aussi bien la qualité de l’habitat que celle du succès reproducteur.

La pollution sonore produit des changements sur les parties du chant et sur les redondances

Selon des études de champ, les pinsons mâles qui vivent dans des zones naturellement bruyantes chantent certaines parties de leur chant pendant des périodes plus longues que leurs homologues des zones plus tranquilles. Les pinsons produisent aussi des gazouillements rapides sur des périodes plus courtes.

Les chercheurs suggèrent que ces changements sont peut-être une compensation entre attirer les femelles avec des gazouillements et réduire la fatigue neuromusculaire.

Le bruit intense peut induire des changements au moment du chant

Certains rapports indiquent que, dans la ville, les rossignols communs peuvent ajuster l’heure de leur chant pour éviter les interférences acoustiques.

Dans une autre étude, on a pu voir que les moucherolles tchébecs (Empidonax minimus) et les viréos à œil rouge (Vireo olivaceus) avaient changé leur horaire de chant pour éviter la superposition des bruits.

La pollution sonore semble par ailleurs être un facteur d’influence dans les changements chant diurne-chant nocturne des rouges-gorges européens (Erithacus rubecula) dans certaines villes. Il est intéressant de savoir que les grenouilles ont aussi changé leurs horaires de chant à cause de bruits intenses.

Les oiseaux soumis au stress à cause de la pollution sonore peuvent vivre moins longtemps

Selon un rapport récent, l’exposition à la pollution sonore des diamants mandarins (Taeniopygia guttata) provoque du stress qui peut être lié à un vieillissement rapide et à une espérance de vie plus courte.

Il faut ici signaler que les scientifiques utilisent, en tant qu’indicateur de longévité, la taille de certaines parties de l’ADN appelées télomères. Cette part de l’ADN est celle située au bout des chromosomes, un peu comme un bout de plastique qui protège le bout d’un cordon.

Quand les télomères se raccourcissent et disparaissent avec le temps, les cellules commencent à vieillir.

Dans ce rapport, les auteurs ont trouvé un raccourcissement substantiel des télomères chez de jeunes oiseaux soumis à 100 jours de pollution sonore. On ne sait cependant pas si ces oiseaux vivent réellement moins longtemps que ceux qui ne sont pas soumis au bruit.

La pollution sonore nuit à la communication des oiseaux.

Au-delà de l’ouïe

La pollution sonore affecte les oiseaux de différentes façons. Les dommages physiques au niveau des oreilles en font partie. La pollution déclenche aussi l’apparition de changements dans leurs réponses de fuite, d’évitement et de stress.

On a aussi pu observer des changements dans leur communication vocale, dans leur quête de nourriture et dans leur succès reproducteur. En général, toutes ces variations peuvent aboutir à une diminution des populations d’oiseaux exposées.

  • Brian T. Klingbeil, Frank A. La Sorte, Christopher A. Lepczyk, Daniel Fink, Curtis H. Flather (2019). Geographical associations with anthropogenic noise pollution for North American breeding birds. Global Ecology and Biogeography DOI: 10.1111/geb.13016
  • Dorado-Correa, A.M., Zollinger, S., Heidinger, B. et al. (2918). Timing matters: traffic noise accelerates telomere loss rate differently across developmental stages. Front Zool 15, 29. https://doi.org/10.1186/s12983-018-0275-8
  • Ortega, C. P. (2012). Chapter 2: Effects of noise pollution on birds: A brief review of our knowledge. Ornithological Monographs, 74(1), 6-22. https://www.jstor.org/stable/10.1525/om.2012.74.1.6?seq=1