Les animaux peuvent-ils sentir le passage du temps ?

14 mars, 2020
Certaines études suggèrent que le temps ne passe pas si vous êtes une mouche. En fait, les mouches, qui se distinguent par leur capacité à se dépêcher, sentent le temps passer plus lentement que nous.

La perception du passage du temps n’est qu’un autre aspect parmi d’autres de l’évolution et de la survie, estiment les scientifiques. Des études suggèrent que pour une mouche, le monde semble se déplacer environ sept fois plus lentement que pour l’Homme.

Les petits animaux au métabolisme rapide, tels que les colibris, perçoivent plus d’informations en une unité de temps. Cela signifie qu’ils agissent plus lentement que les animaux à gros corps et au métabolisme plus lent, y compris l’Homme.

Comment mesure-t-on la perception du passage du temps ?

N’oublions pas que tous les écrans de télévision, d’ordinateur et de cinéma clignotent. Pour l’œil humain, le clignotement de la lumière donne l’illusion d’images constantes. Cela est dû aux hautes fréquences auxquelles ces écrans fonctionnent.

Ainsi, la perception relative du temps – propre à chaque espèce – a été mesurée. C’est ce qu’on appelle la “fréquence critique de fusion des clignements”. Cette fréquence de fusion est le point auquel les flashs lumineux semblent se confondre dans les yeux du spectateur. Ainsi, une source de lumière objectivement intermittente donne l’illusion d’être constante.

Les colibris ont-ils la perception du passage du temps ?

La perception humaine du temps

Lorsque nous frappons à une porte, nous, les humains, percevons un ensemble d’événements simultanés, combinant le son, la vue et le toucher. En réalité, l’information – sous ses différentes formes provenant de la même source – circule dans le cerveau par des voies différentes.

De fait, les informations arrivent aux centres de traitement à des moments différents. Il est donc raisonnable de supposer que le cerveau doit coupler le contrôle sensorimoteur et le traitement de l’information pour que nous puissions percevoir le “maintenant”.

Sur la base de ces faits, les experts estiment que l’interprétation des différentes modalités sensorielles qui semblent se produire simultanément nécessite un traitement de l’information spécifique au cerveau humain. C’est ce processus qui nous donne la représentation du temps humain.

Dans le cas d’autres animaux, la perception du passage du temps sera influencée par la façon dont leur système sensoriel traite les informations de position et de vitesse.

La taille compte

Les mouches peuvent détecter le clignotement d’une lumière jusqu’à quatre fois plus vite que les humains. Cela explique comment les mouches peuvent éviter d’être écrasées.

Les mouches perçoivent notre “temps” comme se déroulant au ralenti, ce qui leur donne suffisamment de temps pour s’échapper. Bien sûr, le temps passe en fait à la même vitesse.

Les yeux de la mouche envoient des mises à jour à son cerveau beaucoup plus souvent que les yeux d’un humain, et ses processus mentaux sont également beaucoup plus rapides que les nôtres.

Les recherches suggèrent également que plus un animal est petit et plus son métabolisme est rapide, plus il sentira le temps passer lentement.

Une mouche sur une feuille

Les animaux étudiés couvraient plus de 30 espèces, dont des rongeurs, des anguilles, des lézards, des poulets, des pigeons, des chiens, des chats et des tortues luth.

Les recherches suggèrent que chez un grand nombre d’espèces, la perception du temps est directement liée à la taille.

Ces études soulignent l’importance de la perception du temps chez les animaux. Dans la nature, la capacité à percevoir le temps à très petite échelle peut faire la différence entre la vie et la mort.

Les avantages d’une voie de communication secrète

Pour un organisme, l’écologie consiste à trouver une niche où il peut réussir à s’installer et que personne d’autre ne peut l’occuper.

Le registre auditif de nombreux animaux leur permet d’entendre des sons dans des spectres où l’oreille humaine ne fonctionne pas. De même, il est possible que certains animaux puissent exploiter à leur avantage les différences de perception du temps entre les espèces.

Par exemple, de nombreuses espèces – comme les lucioles et les animaux des grands fonds – utilisent des feux clignotants comme signaux. Il est possible que des espèces prédatrices plus grandes et plus lentes soient incapables de décoder ces signaux.

Si le système visuel du prédateur n’est pas assez rapide, cette communication visuelle peut donner aux signaleurs un canal de communication secret.

Remarque finale sur la perception du passage du temps

Nous avons encore beaucoup à apprendre sur la perception du temps chez les animaux. Ce type d’études suggère que la perception du temps est une dimension sous-explorée dans laquelle les animaux peuvent se spécialiser.

D’autres recherches sont nécessaires pour comprendre comment les animaux utilisent leurs capacités de ralentissement. Il est possible que certains aspects de la vie animale soient invisibles à nos yeux.

 

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