Myrmarachne : des araignées qui ressemblent à des fourmis

19 février, 2021
Certains taxons d'invertébrés choisissent de se fondre dans certaines espèces de fourmis, qui sont des insectes assez dangereux et peu appétissants. Ils évitent ainsi d'être les cibles de prédateurs.

Myrmarachne est un genre d’araignées aranéomorphes de la famille des salticidés. Elles se distinguent par leur qualité exceptionnelle dans le règne animal. De nombreuses espèces de ce taxon sont des araignées qui ressemblent à des fourmis, à la fois dans leur physiologie et leur comportement.

Aussi surprenant que cela puisse paraître, la raison de cette évolution est claire. Les fourmis sont des insectes assez désagréables au goût et, dans de nombreux cas, elles sont agressives et même toxiques. Pour cette raison, divers invertébrés et vertébrés évitent les fourmis lorsqu’ils recherchent des proies à porter à leur bouche.

Des araignées qui ressemblent à des fourmis : l’art du mimétisme

Le mimétisme est la capacité qu’ont certains êtres vivants de ressembler à d’autres. Ce terme ne doit pas être confondu avec le camouflage, qui correspond au fait de passer inaperçu dans l’environnement. C’est par exemple la stratégie suivie par les phasmes ou les insectes feuilles.

De nombreux animaux adoptent l’apparence d’autres animaux pour diverses raisons : pour paraître dangereux quand ils ne le sont pas, pour attirer certains êtres vivants à des fins de reproduction, ou pour détourner l’attention des prédateurs vers d’autres parties de leur corps. Cette stratégie évolutive est répandue dans la nature.

Pourquoi vouloir ressembler à une fourmi ?

Ressembler à une fourmi peut avoir de multiples avantages dans l’environnement naturel. Nous pouvons diviser les raisons en deux grands groupes. Ce sont les suivants :

  1. Ressembler à une fourmi permet d’éviter d’être une proie. L’acide formique est la principale stratégie de défense de nombreuses fourmis. Celui-ci est inoculé avec des piqûres et provoque un inconfort caractéristique.
    • Avant son ingestion, le prédateur peut souffrir de salivation, de vomissements, de douleurs abdominales, de démangeaisons et de brûlures intenses.
  2. Ressembler à une fourmi permet de s’attaquer plus facilement à de vraies fourmis. C’est un type de mimétisme agressif qui aide le prédateur à se rapprocher de sa proie.

Divers animaux ressemblent à des fourmis parmi les divers taxons d’invertébrés. C’est le cas de certains grillons, coléoptères, mantes et phasmes – en particulier aux premiers stades de développement – et de groupes divers d’araignées.

Une araignée sur une feuille.

En quoi ces araignées ressemblent-elles à des fourmis ?

Certaines études estiment que plus de 300 espèces d’arachnides imitent les fourmis dans le comportement, la physiologie et la réponse aux prédateurs. À leur tour, 14 genres au sein de la famille des Salticidae ont adopté cette curieuse stratégie. Voici quelques changements subis par ces araignées  :

  1. Les araignées imitent la manière de se déplacer des fourmis. Celles-ci se déplacent en zig-zag, avec les arrêts et les motifs typiques d’une vraie fourmi.
  2. En plus de cela, elles positionnent également leurs membres antérieurs comme s’il s’agissait d’antennes. Les araignées ont quatre paires de pattes et les fourmis trois, donc les fausses antennes compensent la différence morphologique.
  3. Le corps de ces salticides mimétiques est beaucoup plus long que celui des autres arachnides, ce qui leur permet d’être plus agiles et plus rapides lorsqu’il s’agit d’échapper aux prédateurs.

Même ainsi, il est nécessaire de souligner que tout n’est pas avantageux. Ces araignées ont des abdomens beaucoup plus étroits. Elles peuvent donc pondre beaucoup moins d’œufs lors de la reproduction. Cela est un exemple clair que, dans la nature, toute adaptation comporte certains « inconvénients » biologiques.

Une origine vraiment curieuse

Comme dernière caractéristique frappante, il convient de noter que certaines enquêtes explorent l’origine évolutive des araignées qui ressemblent à des fourmis. Certains de ces articles scientifiques affirment que l’existence de guêpes araignées a peut-être été un moteur clair pour l’émergence de cette stratégie.

Les pompilidés (Pompilidae) sont une famille qui comprend plus de 5000 espèces réparties en quatre sous-familles. Ces hyménoptères sont connus pour paralyser les araignées et pondre leurs œufs à l’intérieur. Ainsi, lorsque les larves éclosent, elles peuvent se nourrir de l’arachnide immobilisé.

Ces guêpes localisent les araignées par des indices visuels, de sorte qu’un arachnide en forme de fourmi les confond avec succès et ce dernier peut survivre un autre jour. C’est l’une des hypothèses considérées pour expliquer ce type de mimétisme, mais elle n’a pas encore été confirmée.

Une araignée qui ressemble à une fourmi.

Comme vous l’avez peut-être vu, dans la nature, tout a une explication claire et rien n’est laissé au hasard. Les araignées qui ressemblent à des fourmis ont dû sacrifier certaines caractéristiques positives de leurs taxons ancestraux mais elles ont ainsi évité les menaces de plusieurs prédateurs.

  • Huang, J. N., Cheng, R. C., Li, D., & Tso, I. M. (2011). Salticid predation as one potential driving force of ant mimicry in jumping spiders. Proceedings of the Royal Society B: Biological Sciences278(1710), 1356-1364.
  • Ceccarelli, F. S. (2013). Ant-mimicking spiders: strategies for living with social insects. Psyche, 2013.