La polyandrie : le matriarcat du monde animal

La polyandrie est la stratégie reproductive menée par certaines espèces, au cours de laquelle la femelle copule avec deux ou plusieurs mâles pour assurer sa descendance.
La polyandrie : le matriarcat du monde animal

Dernière mise à jour : 27 août, 2020

Le terme polyandrie vient du grec polýs (beaucoup) et andrós (homme). Il fait référence aux femelles des espèces animales qui copulent avec plus d’un mâle pour assurer une descendance viable et fructueuse.

La polyandrie est l’un des trois principaux types d’accouplement dans le monde animal, avec la monogamie et la polygynie (au cours de cette dernière, un mâle copule avec plusieurs femelles) que Darwin a décrits au XIXe siècle.

Jusqu’à il y a peu, la monogamie était considérée comme la forme la plus typique de comportement sexuel féminin. Ceci pouvait être partiellement dû au fait que le monde scientifique du XIXe siècle, avec une prédominance masculine, se centrait sur les idées préconçues du comportement féminin. L’accès récent à des tests génétiques pour la descendance animale a aussi démontré que des épisodes apparemment monogames ne l’étaient finalement pas.

Aujourd’hui, nous savons que la monogamie est une stratégie reproductive pleine de nuances. En fait, la véritable monogamie requiert que la femelle soit peu réceptive après la copulation. Si vous voulez en savoir plus sur ce sujet très curieux, nous vous invitons à poursuivre votre lecture !

Un mythe de la monogamie brisé

L’une des façons d’expliquer et de comprendre le comportement sexuel des animaux s’est faite à travers les oiseaux. Pendant des décennies, l’observation directe de leur comportement suggérait que, normalement, les oiseaux s’accouplaient pour la vie et établissaient une relation totalement monogame.

Cette croyance a disparu avec les premières études ADN de la descendance d’oiseaux monogames, qui ont permis de révéler que, parfois, les oisillons étaient du père, mais pas toujours. Après cela, le paradigme des oiseaux monogames et des relations sexuelles telles qu’elles étaient comprises a été réfuté.

La polyandrie chez les oiseaux.

Les bénéfices de la polyandrie

Historiquement, on considérait que les femelles obtenaient tout ce dont elles avaient besoin avec un seul accouplement, c’est-à-dire la fertilisation de tous leurs œufs avec un seul apport de sperme.

Par ailleurs, on croyait que la réussite reproductrice féminine était limitée par la disponibilité des ressources, comme les aliments. En revanche, chez les mâles, le succès reproductif était lié au nombre de femelles avec lesquelles ils copulaient.

Nous savons aujourd’hui qu’il existe d’autres modes de reproduction ou d’autres stratégies reproductives, tout aussi bénéfiques sur le plan évolutif. Elles se sont en effet maintenues dans le temps et sont totalement viables. Plus concrètement, la polyandrie offre plusieurs avantages pour les espèces qui la pratiquent :

  • Une plus grande quantité de sperme et plus de variabilité génétique.
  • Chez les espèces avec une compétition spermatique (les spermes de plusieurs mâles luttent pour arriver à l’ovocyte à l’intérieur de la femelle), elle permet d’assurer une plus grande viabilité de la descendance
  • Certaines études démontrent que la présence de différents spermes renforce le ou les embryonsà travers des mécanismes génétiques. Par exemple, la sélection de spermatozoïdes avec des “gènes plus compatibles” est favorisée
  • Chez certaines espèces, les mâles offrent de la nourriture aux femelles (cela fait partie de la parade). Cela augmenterait la fécondité de la femelle
  • La polyandrie semble augmenter la portée du soin parental de la part du mâle
  • Le risque d’infanticide diminue. Le fait que les mâles ne sachent pas à 100 % si les petits sont les leurs évite qu’ils ne veuillent les tuer pour copuler à nouveau avec la femelle
  • Il existe des mécanismes génétiques qui promeuvent la sélection de spermatozoïdes avec des “gènes plus compatibles”

Comment la polyandrie affecte-t-elle les mâles ?

Tout comme les femelles possèdent leurs propres stratégies, les mâles des espèces polyandriques ont aussi leurs mécanismes pour entrer en compétition avec les autres.

Lorsqu’une femelle copule avec plusieurs mâles en très peu de temps, les spermatozoïdes, comme nous l’avons dit plus haut, lutteront entre eux pour arriver à l’ovocyte. C’est pour cela que, dans certains cas, les mâles ont des stratégies pour éviter d’en arriver à cette compétition :

  • Chez certaines espèces, les mâles protègent les femelles pour éviter qu’un compétiteur n’arrive
  • Ils peuvent aussi boucher l’entrée du vagin de la femelle pour éviter que celle-ci ne copule avec d’autres mâles. C’est le cas des souris et des rats
  • Chez d’autres espèces, les mâles peuvent contrôler la quantité de sperme qu’ils éjaculent en fonction du nombre de compétiteurs potentiels
  • Certains mâles sécrètent, en même temps que le sperme, des protéines qui annulent la réceptivité de la femelle ou accélèrent la ponte des œufs (chez les espèces ovipares)
La polyandrie chez les perruches.

Peut-il s’agit de la meilleure stratégie reproductive pour les femelles ?

On ne peut pas parler de “meilleures” stratégies ou d’autres qui soient “pires”. La pression de la sélection naturelle et de la sélection sexuelle a mené les différentes espèces au moment évolutif où nous nous trouvons. Les facteurs qui ont pu provoquer l’apparition d’une stratégie ou d’une autre pourraient être innombrables.

 

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