Les murènes et leurs incroyables mâchoires pharyngiennes

Les têtes des murènes étant trop étroites, elles ne peuvent pas avaler leurs proies. C'est pourquoi elles possèdent une deuxième paire de mâchoires située dans la gorge, dites mâchoires pharyingiennes.
Les murènes et leurs incroyables mâchoires pharyngiennes

Dernière mise à jour : 23 mai, 2021

Nous connaissons toutes les espèces de la famille des murénidés sous le nom de murènes. Toutes ont en commun une apparence d’anguille, c’est-à-dire un corps long et cylindrique. Nous en connaissons aujourd’hui environ 200 espèces, réparties en 16 genres.

L’espèce de plus grande taille, exceptionnellement grande, peut atteindre quatre mètres de long : Strophidon satura. Ces poissons carnivores habitent les cavités rocheuses. Ils sont en réalité d’excellents chasseurs grâce à leur sens aigu de l’odorat.

Ces belles créatures ont acquis la réputation injustifiée d’être agressives, car elles ouvrent fréquemment la bouche et montrent leurs dents. Mais seulement pour que l’eau entre, leurs branchies étant relativement petites.

L’habitat des murènes

La distribution de cette famille de poissons est cosmopolite. Les murènes vivent à des profondeurs comprises entre la surface et 100 mètres de profondeur.

Elles passent la plupart de leur temps cachées dans des crevasses et de petites grottes. On trouve une plus grande variété d’espèces de murènes dans les zones de récifs coralliens, dans les eaux chaudes.

Les murènes habitent donc les mers tropicales, subtropicales et tempérées. Très peu d’espèces marines pénètrent en eau douce, même si pouvons rencontrer de nombreuses espèces de murènes dans les eaux saumâtres. Deux espèces font exception : Gymnothorax polyuranodon et Echidna rhodochilus.

Une murène zébrée.

Comment reconnaître les murènes ?

Les murènes ont un long corps. Elles se caractérisent par ailleurs par l’absence de nageoires. Elles également ont une peau lisse et épaisse sans écailles. Les murènes ont en outre une fente operculaire très étroite, généralement un simple trou.

Leur peau est généralement pourpre brunâtre ou noirâtre, mais les espèces tropicales ont souvent un motif brillant ou clair. Ce motif se répète à l’intérieur de la bouche chez certaines espèces.

Ces poissons possèdent un corps anguleux, robuste et légèrement comprimé, notamment au niveau du dos. Leur tête est courte, massive, bombée et on y trouve entre un et trois pores latéraux. Leur grande bouche qui comprend de nombreuses dents longues et pointues est une autre de leurs caractéristiques frappantes.

Sont-elles aussi féroces qu’elles paraissent ?

Les murènes ont la réputation d’être des poissons particulièrement agressifs, principalement en raison de leur apparence. Elles n’attaquent en réalité que lorsqu’elle se sentent menacées, en légitime défense.

Les murènes se cachent des humains dans les crevasses et préfèrent fuir plutôt que d’attaquer. Elles attaquent généralement lorsqu’on dérange leur terrier. Il est ainsi fréquent que les attaques se produisent dans le cadre d’activités touristiques visant à nourrir des murènes lors d’expéditions de plongée.

Il est intéressant de savoir que les murènes ont une mauvaise vision. Elles dépendent donc principalement de leur odorat pour s’alimenter, ce qui rend difficile la distinction entre les doigts et la nourriture. Cette activité touristique a donc été interdite dans certains endroits, comme dans la Grande Barrière de Corail.

La peau des murènes, dépourvue d’écailles, est généralement la proie des parasites. Certaines murènes peuvent alors s’habituer à la présence de plongeurs et tenter de se frotter à eux, et même rechercher des caresses.

Les murènes sont-elles toxiques ?

Certaines espèces produisent des toxines. La toxine qu’elles possèdent est la ciguatera, qui résiste à la cuisson. La ciguatera provient du métabolisme d’une autre toxine, la maitotoxine, produite par un dinoflagellé ( Gambierdiscus toxicus ) qui fait partie du zooplancton.

Une fois le dinoflagellé ingéré par le poisson, la toxine précurseur est métabolisée et la substance résultante s’accumule à des niveaux trophiques plus élevés. Ce mécanisme pourrait, selon les experts, être une réponse évolutive aux menaces de prédateurs potentiels. Certaines espèces secrètent la toxine dans le mucus protecteur de leur peau.

Les surprenantes mâchoires pharyingiennes des murènes

L’espace dans la bouche des murènes est profond et couvert de nombreuses dents. Outre les dents normales que le poisson a sur le bord de la mâchoire, de nombreuses espèces de murène possèdent des mâchoires dites pharyingiennes.

Ces mâchoires pharyingiennes n’ont pas de base osseuse. Elles se maintiennent en effet que par les ligaments musculaires. Il est intéressant de savoir qu’elles sont très similaires aux mâchoires et à la dentition.

Les murènes avancent ces mâchoires dans la cavité buccale lorsqu’elles mangent. Les proies s’y accrochent, ce qui leur permet de les transporter dans la gorge. Les murènes sont les seuls animaux qui utilisent des mâchoires pharyingiennes pour capturer et contenir activement leurs proies.

Leur alimentation

Les murènes sont carnivores. Elles agissent comme des prédateurs opportunistes. Elles se nourrissent principalement de petits poissons, poulpes, calmars, seiches et crustacés. Les murènes ont elles-mêmes peu de prédateurs, notamment des mérous, des barracudas et des serpents de mer.

Les mérous de corail (Plectropomus pessuliferus) peuvent parfois s’associer aux murènes géantes pour chasser. Cette stratégie de chasse collaborative permet aux murènes de faire sortir des niches les proies qui ne sont pas accessibles aux mérous.

État de conservation et rôle écologique

Certaines études suggèrent que les murènes du genre Gymnothorax spp peuvent agir comme des prédateurs naturels du poisson-lion, une espèce envahissante. Il n’existe pas de menace majeure à l’échelle mondiale pour la famille des Murénidés.

De nombreuses espèces de murènes sont donc considérées comme peu préoccupantes (LC). La modification des récifs coralliens peut néanmoins contribuer au déclin de leur population.

Une murène.

Aussi, la production de toxines n’étant pas une caractéristique présente chez toutes les espèces, certaines d’entre elles sont chassées pour la consommation humaine. L’exploitation commerciale est néanmoins restreinte. Il n’existe donc pas de mesures de conservation spécifiques pour la protection de ces espèces.

Cela pourrait vous intéresser ...
La raie manta rose de la Grande Barrière de Corail
My AnimalsLisez-le dans My Animals
La raie manta rose de la Grande Barrière de Corail

Il y a quelques jours, on a pu revoir la seule raie manta rose connue jusqu'alors. Les images ont été captées par le photographe Kristian Laine.



  • Smith, D. G. (2012). A checklist of the moray eels of the world (Teleostei: Anguilliformes: Muraenidae). Zootaxa, 3474(1), 1-64. https://www.mapress.com/j/zt/article/view/zootaxa.3474.1.1/23577
  • (2005). Familia Muraenidae – morenas. Revista de Biología Tropical, 53(Suppl. 2), 26-34. Retrieved July 18, 2020, from http://www.scielo.sa.cr/scielo.php?script=sci_arttext&pid=S0034-77442005000400011&lng=en&tlng=es
  • https://www.fishbase.se/summary/FamilySummary.php?ID=56
  • Ledreux, A., Brand, H., Chinain, M., Bottein, M. Y. D., & Ramsdell, J. S. (2014). Dynamics of ciguatoxins from Gambierdiscus polynesiensis in the benthic herbivore Mugil cephalus: Trophic transfer implications. Harmful Algae, 39, 165-174.
  • Murata, M.; Legrand, A.M.; Ishibashi, Y.; Yasumoto, T. (1990). Structures and configurations of ciguatoxin from the moray eel Gymnothorax javanicus and its likely precursor from the dinoflagellate Gambierdiscus toxicus. J. Am. Chem. Soc., 112, 4380–4386. https://pubs.acs.org/doi/pdf/10.1021/ja00167a040#
  • Bos A.R., Sanad A.M., Elsayed K. (2017). Gymnothorax spp. (Muraenidae) as natural predators of the lionfish Pterois miles in its native biogeographical range. Environmental Biology of Fishes. 100 (6): 745–748. doi:10.1007/s10641-017-0600-7