Savez-vous ce qu'est la matriphagie ?

27 octobre, 2020
Saviez-vous que certains animaux mangent leur mère après leur naissance ? Aussi choquant que cela puisse paraître, cette stratégie, appelée matriphagie, a tout son sens dans le règne animal.

Le fait que les parents donnent leur vie pour leurs enfants est bien connu, car le comportement altruiste des parents est observé à la fois dans le règne animal et dans de nombreuses sociétés humaines. Toutefois, il existe des stratégies parentales extrêmes qui vont bien au-delà de la protection de la progéniture. C’est le cas de la matriphagie.

Savez-vous ce que signifie ce terme ?  Et savez-vous quelle est sa signification évolutive ? Nous donnons ici des réponses à ces questions et à bien d’autres encore.

Les soins parentaux et leur relation avec la progéniture

Les soins parentaux sont définis comme tout trait parental qui augmente les chances des enfants de survivre, de se reproduire et de transmettre ses gènes à la génération suivante. Ce mécanisme est démontré par des traits comportementaux et non comportementaux.

Les soins parentaux ne sont pas un processus gratuit, car dans tous les cas, les parents doivent détourner des ressources et de l’énergie qui leur seraient destinées au départ. Chaque bouchée qu’ils donnent à leur progéniture est une bouchée qu’ils n’ingèrent pas. Par conséquent, les soins parentaux sont peu courants pour de nombreux animaux :

  • Chez les invertébrés, ils sont rares, et lorsqu’ils existent, ils sont appliqués par les femelles.
  • Chez les poissons, lorsqu’ils existent, ce sont les mâles qui s’occupent de la progéniture.
  • Les oiseaux ont généralement un type de soins biparentaux dans lequel les deux sexes travaillent pour élever la progéniture.
  • Enfin, chez les mammifères, ce sont toujours les femelles qui ont la charge de la progéniture.

Pour les parents, il s’agit d’un investissement, car ils réduisent leurs propres possibilités de survie et de reproduction futures afin d’offrir le meilleur destin possible à leurs enfants.

La matriphagie : les petits qui consomment leur mère.

Qu’est-ce que la matriphagie ?

La matriphagie est le type de soins parentaux le plus extrême, car elle est basée sur la consommation de la mère par ses petits. Ce comportement n’est observé que chez les invertébrés et chez un groupe d’amphibiens, les Gymnophiona.

Dans ce dernier cas, le processus n’est pas complet, puisque la mère ne meurt pas en nourrissant sa progéniture. Les Gymnophonia femelles permettent à leur progéniture de se nourrir de leur tissu oviducal, ce qui cause naturellement des dommages, mais ne met pas fin à leur vie. Nous vous présentons un autre cas très différent ci-dessous.

Un cas particulier de matriphagie : l’Amaurobius ferox

Cette petite araignée vit dans toute l’Europe et l’Amérique du Nord. Au-delà de leur apparence, qui est commune à de nombreux arachnides, les femelles de cette espèce se caractérisent par un altruisme extrême envers leur progéniture.

Dans ce cas, la femelle reste avec l’oothèque (ou sac d’œufs) jusqu’à ce que ses petits en sortent. Elle pond d’abord un deuxième lot d’œufs pour les nourrir, puis encourage ses progénitures à se nourrir de son propre corps. Les petits injectent leur venin dans le corps de la mère pour provoquer une mort rapide.

Les avantages que cette stratégie apporte aux petits sont plus que clairs. En voici quelques-uns :

  • Le corps de la mère est une source de nutrition, ce qui se traduit par une meilleure croissance et un meilleur développement de la progéniture.
  • La matriphagie accélère le processus de mue. Les invertébrés changent leurs exosquelettes après des intervalles de temps périodiques, et cette stratégie parentale les raccourcit.
  • Les jeunes qui se nourrissent de leur mère ont un taux de survie beaucoup plus élevé que les autres.
  • La matriphagie favorise la socialité entre les membres de la progéniture, car elle évite certains processus tels que le cannibalisme entre frères et sœurs.

Il est clair que les enfants profitent de ce comportement de bien des façons, mais qu’est-ce que la mère y gagne ? Une étude scientifique a tenté de répondre à cette question en séparant la progéniture de la mère avant qu’elle ne soit dévorée dans des conditions de laboratoire. Les résultats ont été les suivants :

  • 80 % des femelles qui ont été séparées de leur progéniture ont pondu un deuxième sac d’œufs. Sur l’ensemble de la nouvelle génération, seuls 40 % ont survécu, contre 90 % pour le premier lot.
  • Le nombre d’œufs pondus dans le second lot était donc sensiblement inférieur à celui du premier.

Ainsi, ces résultats montrent clairement que, pour la femelle, cela ne vaut tout simplement pas la peine de continuer à vivre après avoir donné naissance à une première génération de descendants. Si la survie d’un deuxième lot d’œufs est si faible, pourquoi s’en préoccuper ?

La matriphagie, une question génétique.

Une question de gènes

En fin de compte, toutes les stratégies d’évolution trouvent une réponse dans la génétique. La plupart des animaux ne se perçoivent pas comme des entités autonomes (ou cela n’a pas été prouvé), donc leur préoccupation première est que leur lignée soit maintenue dans le temps.

C’est pourquoi certains parents se battent bec et ongles pour protéger leur progéniture, tandis que d’autres se laissent manger en entier pour que leurs enfants puissent s’épanouir. La matriphagie est un concept choquant pour les êtres humains, mais il a certainement une signification évolutive claire.

  • Kim, K. W., Roland, C., & Horel, A. (2000). Functional value of matriphagy in the spider Amaurobius ferox. Ethology106(8), 729-742.
  • Kim, K. W., & Horel, A. (1998). Matriphagy in the spider Amaurobius ferox (Araneidae, Amaurobiidae): an example of mother‐offspring interactions. Ethology104(12), 1021-1037.