25 ans plus tard, la science résout la mystérieuse mort massive de pygargues à tête blanche

Différentes enquêtes ont été menées depuis le premier événement mortel en 1994. Bien que des indices aient été découverts, la cause exacte de ce tragique événement était inconnue jusqu'à aujourd'hui.
25 ans plus tard, la science résout la mystérieuse mort massive de pygargues à tête blanche

Dernière mise à jour : 01 août, 2022

Il y a quelques années, en 1994, un événement inhabituel a été enregistré au lac DeGray dans l’Arkansas aux États-Unis : la mort massive de pygargues à tête blanche (Haliaeetus leucocephalus). Les décès ont été attribués à une maladie cérébrale appelée myélinopathie vacuolaire. Depuis lors, la maladie s’est propagée à d’autres lacs du pays et sa cause a longtemps été un mystère.

Les déclencheurs de la catastrophe semblaient être une plante envahissante d’Afrique et une cyanobactérie qui la colonise, mais le mécanisme exact était inconnu. Près de 3 décennies plus tard, la science a résolu le mystère. Poursuivez donc votre lecture pour découvrir tous les détails de cet événement tragique.

Qu’est-ce que la myélinopathie vacuolaire ?

La myélinopathie vacuolaire (en abrégé VM, pour son acronyme en anglais) est une maladie neurologique, ce qui signifie que c’est le système nerveux qui subit les dommages. Cette maladie touche le cerveau des pygargues à tête blanche, et leurs fonctions motrices sont altérées.

Ces oiseaux adoptent un comportement étrange : ils semblent désorientés, ils ont du mal à coordonner leurs mouvements, ils ne peuvent ni marcher ni voler, ils trébuchent et tombent. De plus, leur mort est horrible : juste avant de mourir, ils deviennent aveugles et ont des convulsions.

La maladie a été découverte en 1994 dans l’Arkansas. Pendant deux ans, plus de 70 pygargues ont été enregistrées mortes. Depuis lors, la maladie s’est propagée à d’autres régions du pays, c’est pourquoi c’est une grande source de préoccupation.

Qu’est-ce qui tue les pygargues à tête blanche ?

La réponse n’est pas si simple, puisque la cause de la mort massive des pygargues à tête blanche est une combinaison de plusieurs facteurs. Une plante envahissante et une cyanobactérie ont été les premiers indices trouvés par les scientifiques :

  • La plante appartient à l’espèce Hydrilla verticillata. Cette plante originaire d’Afrique centrale a été trouvée pour la première fois en 1960 en Floride. Elle a une capacité invasive élevée, car elle se reproduit facilement et rapidement de manière asexuée. Seuls quelques fragments de la plante ou de ses tubercules sont nécessaire pour sa reproduction.
  • La cyanobactérie est un micro-organisme jusqu’alors non identifié. Il colonise sans problème la plante envahissante (jusqu’à 95 % de ses feuilles). Son nom scientifique est Aetokthonos hydrillicola.
    • Les cyanobactéries sont des entités primitives très importantes pour les écosystèmes. Mais certaines espèces peuvent produire des toxines ayant des effets négatifs sur les êtres vivants, y compris les humains.
Pygargue à tête blanche.

Le vrai coupable derrière la mortalité massive des pygargues à tête blanche

La plante et les cyanobactéries à elles seules ne représentent pas un danger pour les pygargues à tête blanche ; un déclencheur et est nécessaire, et ce déclencheur est le bromure. Ce composé est naturellement présent dans les lacs, mais en très petites quantités. Cependant, l’activité humaine peut introduire de plus grandes proportions dans ces écosystèmes, via l’utilisation d’herbicides chimiques, le traitement de l’eau et les centrales électriques, entre autres.

Lorsque la plante et les cyanobactéries sont mélangées dans un milieu bromé, une substance très toxique est produite. Il s’agit d’une neurotoxine appelée étoctonotoxine, qui est synthétisée par le micro-organisme. Le bromure agit donc comme un précurseur dans la formation de la toxine. L’étude qui a percé le mystère a été publiée dans la revue Science en mars 2021.

D’autres animaux sont-ils concernés ?

Bien que les pygargues à tête blanche aient été les premiers animaux à souffrir d’une myélinopathie vacuolaire, elles n’ont pas été les seules. D’autres espèces peuvent souffrir de la maladie. Parmi elles, figurent des poissons, des amphibiens, des reptiles et des oiseaux.

Dans l’étude mentionnée, l’effet de la neurotoxine sur le nématode Caenorhabditis elegans, le poisson-zèbre ( Danio rerio ) et les poules (Gallus gallus) a également été testé. Dans tous les cas, la toxine s’est avérée très toxique, ce qui confirme son effet létal chez différents groupes d’animaux.

Pygargue à tête blanche posée.

Il reste encore beaucoup à découvrir

Bien que le mystère de la mort massive des pygargues à tête blanche soit résolu, les scientifiques doivent poursuivre leurs recherches, car il reste encore des problèmes à résoudre. Le plus inquiétant est que la toxine s’accumule dans les tissus des animaux, la transmission via la chaîne alimentaire est donc une possibilité. Cette maladie peut donc causer beaucoup plus de dégâts.

Il est nécessaire de savoir quelles autres espèces peuvent être affectées. Les mammifères pourraient-ils figurer sur la liste des animaux touchés ? Et les humains ? Maintenant que nous en savons plus sur la toxine responsable, il est nécessaire de l’utiliser pour prévenir d’autres décès.

Il est important de localiser tous les endroits où la plante envahissante et les cyanobactéries coexistent. Il est tout autant essentiel de contrôler le bromure et de réduire les émissions anthropiques, entre autres. Un plan d’action commun s’impose, entre citoyens, scientifiques et entités gouvernementales. Rejoindriez-vous cette noble cause ?

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  • Wilde, S., Johansen, J., Wilde, H., Jiang, P., Bartelme, B., & Smith, R. (2014). Aetokthonos hydrillicola gen. et sp. nov.: Epiphytic cyanobacteria on invasive aquatic plants implicated in Avian Vacuolar Myelinopathy. Phytotaxa, 181(5), 243-260. https://www.biotaxa.org/Phytotaxa/article/view/phytotaxa.181.5.1
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