La température peut-elle affecter l'activité des virus ?

25 juillet, 2020
La température joue un rôle important dans l'apparition de maladies infectieuses. La transmission du coronavirus provoquant le SARS en 2003 a ainsi été favorisée dans des zones où la température frôlait les 22-25°C.
 

En raison des événements actuels liés au SARS-CoV-2, des milliers d’inquiétudes nous assaillent et nous poussent à nous demander ce qu’est ce virus. Comment se transmet-il ? Que pouvons-nous faire pour ne pas être contaminés ? Il est également possible que nous nous posions la question suivante : qu’est-ce qui favorise l’activité des virus, le froid ou la chaleur ?

En 2003, une flambée de coronavirus a eu lieu à Hong Kong et s’est répandue vers de nombreux pays. Les scientifiques ont alors étudié la façon dont les facteurs climatiques affectaient sa transmission.

Nous allons, tout au long de cet article, vous parler de la manière dont la température influe sur l’activité des virus, entre autres données intéressantes.

La température et les organismes

La température est le facteur environnemental le plus important qui affecte la santé de tous les organismes, car ses effets ont une répercussion sur la croissance et le développement de la pathogénèse, de façon immédiate.

Les changements de température peuvent aussi bien affecter la biologie de l’hôte que celle du parasite (virus). En réalité, l’impact du changement climatique est lié à de nombreuses maladies infectieuses.

Certaines des flambées les plus mortelles de maladies infectieuses de type viral sont l’Ebola, le VIH et le coronavirus, cause du SARS (syndrome respiratoire aigu sévère).

Effets de la température

Les virus sont thermolabiles, ce qui veut dire qu’ils se détruisent lorsqu’ils atteignent une température élevée. C’est pour cela que si on les applique à une température comprise entre 50-65°C pendant une demi-heure, la majorité des virus sont inactivés.

 

Ceci s’explique par le fait que les hautes températures provoquent la dénaturalisation des protéines qui composent la capside (structure protéique qui enveloppe et protège le matériel génétique).

Il y a malgré tout des exceptions. Par exemple, les virus de l’hépatite B sont inactivés lorsqu’ils sont à 120°C pendant une demi-heure. Ou lorsqu’on leur administre 15 lb de pression, que l’on utilise comme désinfectant, ou en appliquant du glutaraldéhyde activé à 2°C.

Les virus sont stables à des températures basses. Ainsi, à -75°C, ils restent activés pendant des mois et, à -196°C, ils peuvent rester activés pendant des années.

Nous allons maintenant vous expliquer comment la température affecte la survie de certains virus qui provoquent des maladies infectieuses.

Le cas du coronavirus

Le coronavirus en 3D.

Le SARS-CoV a été une maladie émergente associée à une pneumonie sévère, causée par le coronavirus, qui s’est répandue dans 20 pays à travers 5 continents, en 2003. Elle a surgi à Amoy Garden, à Hong Kong, dans un bloc d’appartements où plus de 300 résidents ont été infectés.

Sa mortalité a été de 9 % et les personnes âgées ont été les plus touchées. Le nombre de cas a augmenté dans le milieu hospitalier à cause du contact entre les patients, les professionnels de santé et les fomites (objets inertes qui transmettent des agents pathogènes dans les hôpitaux, comme les stéthoscopes, les masques, les draps, etc.).

 

Température et SARS

La principale voie de transmission de l’infection SARS-CoV sont les gouttelettes respiratoires. Celles-ci se propagent dans l’air en toussant ou en éternuant. On les connaît davantage sous le nom de « gouttelettes de Flugge ».

Dans une étude publiée dans la revue Applied and Environmental Microbiology, ce virus a été trouvé sur des surfaces lisses et des objets hospitaliers, où il est resté jusqu’à 28 jours à des températures comprises entre 22 et 25°C. Il s’est néanmoins désactivé quand on lui a appliqué une température de 40°C.

Dans la revue Advances in Virology, un autre article expose que :

  • Le virus est resté stable pendant 3 semaines à température ambiante et il mourait lorsqu’on le plaçait à une température de 56°C pendant 15 minutes.
  • L’incidence du SARS augmentait les jours où la température environnementale baissait à Hong Kong et dans d’autres régions subtropicales.
  • On signale aussi qu’à Singapour, qui se trouve dans une zone tropicale, il y avait davantage de flambées de SARS dans les hôpitaux. Ceci était dû à l’utilisation de l’air conditionné.
Le thermostat d'une maison.

Étant donné que le virus peut rester actif pendant deux semaines quand il y a des températures basses, ce qui facilite également sa transmission, à Guangzhou, les médecins ont décidé de garder les fenêtres ouvertes. De cette façon, il y a eu une bonne aération des chambres. Cela a supposé la réduction de la survie et de la transmission du virus.

 

Il convient de souligner que dans certains pays asiatiques de zones tropicales, comme la Malaisie, l’Indonésie ou la Thaïlande, où les températures sont élevées, il n’y a pas eu de foyers de SARS.

D’autres facteurs environnementaux comme la vitesse du vent, la lumière solaire, l’humidité relative et la pression de l’air sont associés à l’épidémie de SARS.

La pollution environnementale et les fomites jouent un rôle important dans la transmission du virus et contribuent à l’infection nosocomiale.

Le cas d’autres virus

Influenza : la propagation du virus d’Influenza (grippe) dépend autant de l’humidité relative que de la température. Les conditions froides et sèches favorisent sa transmission, ce qui coïncide avec la période de l’hiver.

Dengue : dans ce cas, le virus dépend du vecteur (moustique Aedes). À de hautes altitudes, où les températures sont basses, le virus ne finit pas sa période d’incubation au cours de la vie du moustique ; sa transmission est donc limitée par la température environnementale.

La période d’incubation extrinsèque se fait à une température de 25°C et la post-infection à 30°C. Ces moustiques transmettent également le virus du chikungunya et de la fièvre jaune. En raison du changement climatique, cet insecte a été retrouvé à des endroits différents, qu’il n’a pas l’habitude de fréquenter, permettant ainsi une transmission incontrôlable des virus.

La température et le moustique aedes.
 

En plus de la température, il existe d’autres facteurs environnementaux qui peuvent affecter l’activité des virus.

Agents physiques

  • Radiations. Les radiations de type ionisantes (rayons X), tout comme les non ionisantes (lumière UV) provoquent des altérations (ruptures) dans la chaîne de nucléotides du matériel génétique des virus.

Agents chimiques

  • Dissolvants lipidiques. Certains virus possèdent une enveloppe formée d’une double couche lipidique (virus enveloppés). Ils peuvent donc facilement être inactivés à travers l’utilisation de dissolvants de graisse (chloroforme, éther…). Ceux qui ne possèdent pas cette enveloppe (virus nus), sont résistants à ce type de dissolvants mais sensibles à des agents oxydants (acide chlorhydrique et acides en général).
  • pH. Les virus sont très sensibles aux changements violents de pH. Ils restent activés avec un pH compris entre 5 et 9 et, en dessous ou au-dessus de ces chiffres, s’inactivent.

La température est un facteur déterminant

Pour conclure, la température est un facteur déterminant dans la viabilité des virus. La majorité s’inactivent à des températures élevées, tandis que le climat froid et sec favorise leur réplication et leur transmission.

Les milieux hospitaliers sont considérés comme une source de contamination car les virus et autres agents pathogènes sont capables de rester sur les surfaces des chambres et des objets. Ceci contribue à l’infection des patients et des professionnels de santé.

 

 

 

 

 

 

 

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