La fourmi de l'enfer : un insecte éteint

Le terme « fourmi de l'enfer » n'englobe pas qu'une seule espèce, mais 13 espèces réparties en 9 genres. Elles ont toutes une adaptation commune : des mâchoires prêtes à tuer.
La fourmi de l'enfer : un insecte éteint

Dernière mise à jour : 20 septembre, 2021

Les fourmis appartiennent à une famille d’insectes (Formicidae) qui, comme les abeilles et les guêpes, font partie de l’ordre des Hyménoptères. Sur les 22 000 espèces qui ont été observées, seulement 13 800 environ ont été classées, et de nouvelles espèces continuent d’être découvertes à un rythme vertigineux. La fourmi de l’enfer, parente éloignée des lignées actuelles, est l’une des plus curieuses.

Les fourmis ont colonisé toute la Terre, à l’exception de l’Antarctique et de certaines îles éloignées. Elles sont un élément essentiel de tout écosystème, puisqu’elles représentent jusqu’à 25 % de la biomasse terrestre d’origine animale, contrôlent les invertébrés nuisibles, favorisent la pollinisation, servent de nourriture aux prédateurs, entre autres. Nous nous intéressons ici à la fourmi de l’enfer.

La découverte de la fourmi de l’enfer

Avant de rentrer dans le vif du sujet, il est nécessaire de démêler le fouillis phylogénétique dans lequel ces fourmis se trouvent. Le terme « fourmi de l’enfer » fait référence à la sous-famille aujourd’hui disparue appelée Haidomyrmecinae. Bien que dans le passé ce taxon ait été conçu comme un groupe mineur, il existe maintenant un consensus sur le fait qu’il s’agit d’une sous-famille établie.

Ce groupe de fourmis ancestrales n’a été décrit qu’avec la découverte de 3 archives fossiles : une en France, une en Birmanie et une au Canada. En 2020, la découverte d’un fossile d’un spécimen chassant un autre invertébré du Crétacé a fourni de nombreuses informations nouvelles sur son mode de vie. La recherche, publiée dans la revue Current Biology, a été largement diffusée.

Au sein de cette sous-famille, aujourd’hui disparue, 13 espèces ont été décrites, réparties en 9 genres différents. Ce sont les suivants : Aquilomyrmex, Ceratomyrmex, Chonidris, Dhagnathos, Haidomyrmex, Haidomyrmodes, Haidoterminus, Linguamyrmex et Protoceratomyrmex. Au fil du temps, plusieurs spécimens fossiles ont été trouvés au sein de ces groupes.

Bien que nous ayons encore très peu d’informations sur certains de ces groupes, la découverte de nouveaux fossiles devrait apporter davantage d’informations.

Un hyménoptère ancien conservé dans l'ambre.
Un hyménoptère conservé dans l’ambre.

Description physique et comportement

Comme nous l’avons dit, le terme « fourmi de l’enfer » regroupe au total 13 espèces de fourmis ancestrales réparties en 9 genres, qui présentent différentes adaptations à l’environnement et différentes caractéristiques. Nous nous concentrons ci-dessous sur les trois genres les plus pertinents de cette sous-famille.

1. Ceratomyrmex, une fourmi de l’enfer

À ce jour, ce genre comprend une seule espèce ( Ceratomyrmex ellenbergeri ) qui a été détectée dans divers fossiles de la région asiatique, datant de la période du Crétacé. Comme tous les représentants de la sous-famille, cette fourmi de l’enfer se distingue par ses structures buccales très spécialisées, sur un plan très différent de celui des espèces actuelles.

Les fourmis carnivores d’aujourd’hui ont des mâchoires à l’horizontale. Odontomachus monticola, Odontomachus bauri ou Anochetus ghilianii en sont des exemples. Les spécimens du genre Ceratomyrmex ont des pièces buccales à la verticale, comme s’il s’agissait de poissons abyssaux.

Les ouvrières découvertes mesurent entre 4,5 et 5,9 millimètres de long et portent un clypéus très différent, qui forme une sorte de « corne » projetée entre les deux antennes. Les mâchoires sont grandes et on pense qu’elles étaient principalement utilisées pour chasser de grosses proies, ou bien comme méthode de défense pour repousser les prédateurs.Vous pouvez voir ici leur holotype.

Une fourmi Odontomachus monticola.
Les fourmis Odontomachus sont des représentants vivants des Trap-jaw. Leur mâchoire est à l’horizontale.

2. Haidomyrmex

Ce genre comprend 3 espèces différentes : Haidomyrmex cerberus, Haidomyrmex scimitarus et Haidomyrmex zigrasi. Tous ont été datés de la fin du Crétacé et ont été trouvés dans divers fossiles de la région asiatique, comme l’indiquent les études.

Les spécimens de ce genre ont une taille variable, de 3 à 8 millimètres, et un exosquelette assez mou. La structure de leurs mâchoires en forme de faux et leur clypéus donnent un aspect allongé et mortel à la tête. Aussi, leurs yeux composés sont très prononcés.

Les particularités de chaque espèce ont été décrites, mais des reines ont été trouvées chez certaines et pas chez d’autres. Vous pouvez voir ici l’holotype du genre, plus précisément celui de l’espèce Haidomyrmex zigrasi.

3. Linguamyrmex

Ce genre comprend également 3 espèces différentes : Linguamyrmex brevicornis, Linguamyrmex rhinocerus et Linguamyrmex vladi. Encore une fois, tous les fossiles trouvés – encore une fois en Asie – datent de la fin du Crétacé. Ces fourmis ont également un clypéus développé et des mâchoires droites, ce qui indique qu’elles chassaient de grandes proies et de face.

Comme dans le genre précédent, ces fourmis ont une paire de mâchoires proéminentes  incurvées vers l’intérieur et à la verticale. Leur longueur est telle que, lorsque la structure est “fermée”, elles touchent le clipéus. Vous pouvez voir ici l’holotype.

Une fourmi du genre Myrmecia mange une guêpe.
À ce jour, il existe des fourmis prédatrices mortelles. Le genre Myrmecia en est la preuve.

Pourquoi cette trouvaille est-elle si importante ?

Les fourmis de l’enfer sont une découverte unique, car elles portent les structures céphaliques que les ancêtres des espèces qui habitent aujourd’hui les écosystèmes ont développé dans le passé. En plus de leur description, les nouvelles découvertes ont permis de savoir comment ces fascinants hyménoptères chassaient, nous donnant encore plus d’informations sur leur biologie et leurs adaptations.

Les curieuses mâchoires de cette sous-famille auraient pu servir à la fois de méthode de défense et d’outil d’attaque, car les structures incurvées à la verticale offrent un excellent mécanisme de préhension. Espérons que d’autres fossiles conservés dans l’ambre continueront d’être découverts, afin d’approfondir encore plus les particularités de ces hyménoptères mortels et fascinants.

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