La migration de la cigogne blanche

La migration de la cigogne blanche a changé. Depuis des années, nombreux sont celles qui restent en Europe pour l'hiver. Nous vous en présentons ici les causes.
La migration de la cigogne blanche

Dernière mise à jour : 07 août, 2020

La migration de la cigogne blanche (Ciconia ciconia) a changé. Il y a quelques décennies, la plupart d’entre elles volaient chaque année, une fois les petits couvés, à des milliers de kilomètres. Elles passaient alors près d’un mois à traverser la moitié de l’Europe, en franchissant le détroit de Gibraltar et le désert du Sahara.

Si elles survivaient à ce dur voyage, leurs lieux d’hivernage en Afrique subsaharienne (Mali, Niger, Tchad) les attendaient. Elles y restaient alors de septembre à début février, avant de rentrer en Europe.

De cette période temporaire découle le dicton suivant : À la Saint-Blaise (le 3 février), les cigognes prennent leurs aises

La cigogne blanche : l’oiseau migrateur par excellence

Ce voyage n’était pas accompli par tous les oiseaux : il était très dur et long, et de nombreux spécimens périssaient pendant la migration. Pour éviter de traverser la Méditerranée, où ne se forment pas les courants ascendants chauds dont elles ont besoin pour maintenir leur vol durable, les cigognes suivaient deux routes migratoires :

  • L’une à travers le Bosphore et les Dardanelles en passant par les Balkans et la Turquie
  • L’autre par le détroit de Gibraltar à travers la péninsule ibérique

C’est à cause de cette dernière route qu’il y a tant de cigognes en Espagne. Cependant, depuis des décennies, leurs schémas migratoires ont changé. Nous allons maintenant expliquer comment.

Une cigogne en vol.

La cigogne ne migre plus comme avant

Depuis des décennies, on constate que la migration des cigognes a changé : beaucoup passent l’hiver dans leurs zones de reproduction.

Cela est dû en partie à l’augmentation des températures qui rendent les hivers péninsulaires plus doux. De plus, les cigognes trouvent maintenant de la nourriture tout au long de l’année en raison de la présence de décharges.

La péninsule compte également de nombreuses lagunes et zones humides où elles peuvent passer l’hiver et trouver de la nourriture. Les Tablas de Daimiel à Ciudad Real ou la Laguna del Campillo à Rivas Vaciamadrid en sont des exemples.

Les migrations oui, mais plus courtes

Cela ne signifie pas pour autant qu’elles ne migrent plus du tout. Selon une étude de SEO/BirdLife, de nombreuses cigognes ont leur nid dans les zones rurales et, lorsque l’hiver arrive, elles se déplacent vers la périphérie des villes comme Madrid, où elles trouvent de la nourriture dans la décharge de Valdemingómez, l’une des plus grandes d’Europe.

Cela a été vérifié au moyen d’émetteurs radio placés sur un couple de cigognes, Goyo et Enara, qui ont changé de résidence en août vers le sud de Madrid, en provenance de la chaîne de montagnes.

Ce changement dans leurs habitudes migratoires semble à première vue positif pour la survie de l’espèce. En s’épargnant un voyage aussi long et dangereux, de plus en plus de cigognes survivent. De la même manière, la disponibilité continue de nourriture qu’ils ont a à voir avec cet aspect.

Les jeunes continuent à émigrer

Un autre aspect que les chercheurs de SEO/Birdlife ont observé est la différence entre les adultes et les juvéniles. Comme ils l’ont découvert, les jeunes continuent de migrer, effectuant le dangereux voyage vers l’Afrique, tandis que les adultes restent en Europe pendant l’hiver.

Une cigogne et ses petits.

 

En outre, selon la même étude, de nombreux oiseaux d’autres régions froides d’Europe choisissent l’Espagne comme lieu d’hivernage.

Ainsi, le nombre de cigognes en hiver dans ce pays augmente considérablement : celles qui ne vont pas en Afrique en hiver et celles qui viennent d’Europe du Nord.

Les routes migratoires en détail

La Société ornithologique espagnole, en collaboration avec d’autres organisations européennes, étudie la migration de la cigogne blanche depuis des années. Ses chercheurs ont récemment présenté une étude détaillée où, pour la première fois, ils ont inclus des données provenant d’émetteurs radio GPS sur les cigognes migratrices. Les résultats ont été variés :

  • Tout d’abord, ils ont confirmé l’hypothèse selon laquelle les jeunes cigognes migrent vers le Sahel, tandis que les cigognes adultes hivernent en Espagne.
  • Les cigognes d’Europe centrale, qui hivernent pour la plupart en Espagne, ont un taux de survie plus élevé (environ 50 %) que les cigognes espagnoles qui migrent vers l’Afrique. Parmi ces dernières, seule 1 sur 10 est retournée dans ses zones de reproduction.
  • Les adultes, en revanche, hivernent surtout en Europe. Cela signifie que la grande majorité a survécu l’année suivante.

En conclusion, nous pouvons assurer que le comportement migratoire de la cigogne et son évolution depuis des décennies sont cruciaux. Cela nous aide à prédire l’évolution générale de nombreux oiseaux migrateurs.

Bien qu’il semble a priori que leur absence de migration ait un effet positif sur leur survie, les influences futures du changement climatique sur la Ciconia restent à observer.

 

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  •  Bécares, J.; Blas, J.; López-López, P.; Schulz, H.; Torres-Medina, F.; Flack, A.; Enggist, P.; Höfle, U.; Bermejo, A. y De la Puente, J. 2019. Migración y ecología espacial de la cigüeña blanca en España. Monografía n.º 5 del programa Migra. SEO/BirdLife. Madrid. https://doi.org/10.31170/0071.