La fourmi balle de fusil : à quel point est-elle dangereuse ?

30 septembre, 2020
La fourmi balle de fusil se démarque des 950 000 espèces d'insectes décrites dans le monde en raison de la douleur provoquée par sa piqûre. Découvrez vite ce redoutable insecte.

La « fourmi balle de fusil » est le nom commun de l’espèce Paraponera clavata. Ce surnom vient de l’intense douleur que provoque sa piqûre ; la douleur est comparée à celle que produit une balle.

Selon des rapports, la victime ressent un mal-être agonisant pendant les 12 ou 24 heures qui suivent la piqûre, ce qui explique pourquoi on connaît aussi cet animal sous le nom de « fourmi 24 ».

En plus de la réputation due à cette douleur décrite comme « pure, intense, brillante » par l’entomologiste états-unien Justin Schmidt, de l’Institut Biologique de l’Université d’Arizona, cette fourmi se démarque par sa taille. Elle mesure en effet autour de 2,54 centimètres.

Selon la classification actuelle, la fourmi balle de fusil est membre du genre Paraponera, de la famille Formicidae, appartenant ainsi à l’ordre Hymenoptera. 

Pendant longtemps, elle a été la seule espèce de son genre et de sa tribu, jusqu’à ce qu’en 1994, on découvre son premier parent éteint. Le fameux fossile, classé comme Paraponera dieteri, a été trouvé inscrusté dans un ambre en République dominicaine.

La fourmi fossilisée Paraponera dieteri a existé au cours du Myocène inférieur, il y a 15 à 45 millions d’années. La bonne conservation du fossile a rendu possible des comparaisons exhaustives entre les deux espèces.

Comment reconnaître la fourmi balle de fusil ?

Ces fourmis se démarquent par leur taille, car les spécimens de la caste ouvrière peuvent mesurer jusqu’à 1,8 – 3 cm de long. À première vue, elles ressemblent à de grosses guêpes, de couleur noir rougeâtre et sans ailes. Chacune des antennes forme, en soi, un grand “V”.

Par ailleurs, comme tous les monomorphes primitifs, cette fourmi ne montre pas de polymorphisme dans la caste ouvrière. Ainsi, la reine n’est pas beaucoup plus grande que les travailleuses.

Il est important de savoir que ces fourmis ne sont pas naturellement agressives, mais elles ne connaissent cependant aucune limite quand elles défendent leur nid. Selon des rapports, quand elles agissent sur la défensive, elles produisent un son strident tout en piquant avec férocité.

Le nom de la fourmi balle de fusil fait référence à la douleur que sa piqûre provoque.

Où courons-nous le risque de croiser le chemin de la fourmi balle de fusil ?

La fourmi balle de fusil est distribuée dans toute l’Amérique centrale et du Sud, qui se trouve communément dans l’écozone néotropique humide. Cela veut dire que nous pouvons croiser ces fourmis dans la zone qui inclut le Honduras, le Salvador, le Nicaragua, le Costa Rica et qui s’étend jusqu’au Venezuela, Colombie, Équateur, Pérou, Bolivie et Brésil.

En général, les colonies de fourmis balle de fusil se trouvent dans des zones de terres basses, à des niveaux qui vont du niveau de la mer jusqu’à 750 mètres. On a cependant collecté des spécimens à des hauteurs de 1500 mètres.

Quant à leur nombre, la colonie peut être formée de quelques douzaines de fourmis jusqu’à une centaine d’individus. Par conséquent, il s’agit d’une petite colonie si nous la comparons avec celles d’autres fourmis.

En général, ces groupes cherchent à s’établir dans les bases des arbres.Même si ces prédatrices sont principalement insectivores, elles se nourrissent aussi de sève et de nectar de plantes. Ainsi, il est habituel de voir les ouvrières travailler en perforant l’arbre dans la zone proche du nid, en quête de petits arthropodes et de nectar.

Ces fourmis ont-elles une préférence pour un arbre en particulier à l’heure de faire leur nid ?

Les études qui traitent de la possible sélectivité de la fourmi balle de fusil pour une espèce d’arbre suggèrent qu’il n’existe pas de sélectivité. Généralement, la fourmi habitera dans les arbres avec des contreforts et des nectaires extra-floraux qui fournissent un accès à la canopée de la forêt.

Deux études réalisées au Costa Rica et sur l’île Barro Colorado ont découvert environ quatre nids de fourmis balle de fusil par hectare de forêt.

Sur l’île Barro Colorado, les nids ont été trouvés sous 70 espèces d’arbres, 6 espèces d’arbustes, 2 espèces de lianes et une espèce de palmier. Les nids étaient plus communs sous les cimes de Faramea occidentalis et Trichilia tuberculata, mais ces arbres sont aussi les plus abondants dans cette forêt.

Au Costa Rica, les nids ont été plus fréquemment présents qu’on ne le pensait en fonction de l’abondance des arbres Alseis blackianaTabernaemontana arboreaVirola sebiferaGuarea guidonia et Oenocarpus mapora.

La redoutable piqûre de la fourmi balle de fusil : douloureuse, mais pas mortelle

Nous savons que beaucoup de guêpes, abeilles et fourmis (ordre Hymenoptera) génèrent des substances toxiques ou venimeuses en tant que méthode de défense.

Ainsi, les femelles d’une grande majorité d’hyménoptères ont développé un dard au bout de leur abdomen. Cette arme constitue une adaptation évolutive du canal d’oviposition (sous-ordre Aculeata).

Il est intéressant de savoir que les fourmis de la famille Formicidae attaquent généralement à travers des morsures. Cependant, certaines espèces, dont les fourmis balle de fusil, le font aussi à travers des piqûres de leur dard. La piqûre, néanmoins, n’est généralement pas fatale pour les humains.

Pourquoi la piqûre de la fourmi balle de fusil fait-elle si mal ?

Il est important de prendre en compte que l’intensité de la douleur provoquée par une piqûre d’insecte dépend de plusieurs facteurs. Par exemple, la taille de l’insecte qui pique, la quantité de venin qu’il injecte et, plus important encore, les propriétés chimiques des constituants qui provoquent la douleur.

Parmi les substances les plus connues présentes dans les piqûres de fourmis, nous retrouvons l’acide formique, notamment présent dans la piqûre de la sous-famille Formicinae. Nous le trouvons aussi dans les piqûres d’abeilles. Mais ce n’est pas la seule substance présente ; les fourmis de feu injectent, par exemple, un alcaloïde du groupe des pipéridines, la solénopsine.

Il est possible que vous connaissiez déjà les effets physiologiques de certains alcaloïdes comme la morphine, l’ephédrine et la nicotine. Les piqûres d’insectes qui libèrent de l’acide formique et des alcaloïdes ne sont qu’une goutte dans l’océan de douleur de la piqûre de la fourmi balle de fusil. La toxine que produit cette fourmi est la ponératoxine.

Que sait-on de cette puissante toxine ?

La ponératoxine est une petite protéine qui interfère avec la fonction des canaux d’ions sodium. Le dysfonctionnement de ces canaux interfère, par exemple, avec la capacité des cellules nerveuses à envoyer des signaux électriques d’un endroit à un autre. Les muscles du corps ont besoin du contrôle neuronal pour fonctionner.

Ainsi, quand un facteur interfère dans la fonction des cellules nerveuses, on voit émerger une douleur et une paralysie. 

Il n’existe qu’une ligne très mince entre la douleur et l’engourdissement produit par le dysfonctionnement des cellules nerveuses. Cette neurotoxine peut causer des vagues de douleur extrême, des suées froides, des nausées, des vomissements et même un rythme cardiaque anormal.

La piqûre peut déboucher sur une lymphadénopathie (trouble des ganglions lymphatiques), un œdème, une tachycardie et l’apparition de sang frais dans les selles des victimes. On étudie actuellement cette toxine pour de possibles applications médicales.

La fourmi à balle de fusil se démarque dans la famille des fourmis.

L’utilisation rituelle des piqûres dans des communautés indigènes

Il est intéressant de signaler que certaines populations indigènes amazoniennes du Brésil et de la Guyane française utilisent la piqûre intentionnelle de ces fourmis. Il s’agit de rites d’initiation pour les enfants au début de la puberté ou bien de cérémonies d’obtention d’un plus grand statut social.

Pour cet usage, les fourmis sont d’abord endormies en étant plongées dans un sédatif naturel. Ensuite, le chaman met 80 fourmis dans des gants faits en feuilles, un peu comme un gant à four, avec les dards vers l’intérieur. Lorsque les fourmis reprennent conscience, l’enfant glisse ses mains dans les gants.

L’objectif de ce rite d’initiation est de garder le gant en place pendant cinq minutes. Quand il se termine, la main de l’enfant et une partie de son bras sont temporairement paralysés à cause du venin des fourmis et peuvent trembler de façon incontrôlable pendant des jours.

Curieusement, les membres de ces tribus qui pratiquent ce rituel ont une très grande longévité. Cela peut vouloir dire que le venin a des effets qui renforcent, d’une certaine façon, le système immunitaire de l’individu.

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