Grenouille de Hall, une espèce redécouverte

Après de nombreuses recherches infructueuses, des chercheurs chiliens ont réussi à localiser ce mystérieux amphibien endémique. Sa situation peut nécessiter une action de conservation immédiate.
Grenouille de Hall, une espèce redécouverte

Dernière mise à jour : 24 avril, 2021

Dans la crise actuelle de la biodiversité, l"extinction des espèces est un phénomène de plus en plus fréquent. Heureusement, tous les êtres vivants qui semblent éteints ne le sont pas vraiment. Une petite partie d"entre eux est retrouvée grâce à des recherches exhaustives, des décennies après leur disparition. C"est le cas de la grenouille de Hall.

Ce petit amphibien n"avait pas été vu depuis qu"il a été décrit par la science, il y a plus de 80 ans. Une équipe de zoologistes chiliens a annoncé sa redécouverte dans un article récent, publié dans la revue scientifique Zootaxa.

C"est une opportunité aussi rare que précieuse, qui permettra aux chercheurs d"en apprendre davantage sur la biologie de cet amphibien et de mettre en place des mesures permettant sa conservation. Dans cet espace, nous vous racontons sa découverte.

Les caractéristiques de la grenouille de Hall

La grenouille de Hall, dont le nom scientifique est Telmatobius halli, est un petit amphibien anoure. Il mesure généralement entre 4,5 et 7 centimètres.

La coloration de cet animal est assez discrète. La partie dorsale de son corps et les extrémités sont gris olive, tandis que la partie ventrale est blanchâtre avec des taches oranges. La surface du corps est légèrement rugueuse, mais ne comporte pas de grosses verrues qui caractérisent les autres anoures.

La tête de la grenouille Hall se démarque par sa grande taille. Ses yeux sont frontaux et très ronds, avec des pupilles circulaires assez grandes. Cet aspect donne à l"animal un regard amical et souriant. Ses pattes postérieures sont légèrement palmées.

Au stade larvaire, les têtards de cette espèce mesurent entre 16 et 17 centimètres de long, bien que la queue occupe environ 60% de cette longueur. Son corps est en forme d"œuf et sa queue est aplatie latéralement.

La coloration du têtard est verte et jaune, avec des petits points noirs presque partout sur le corps. Le ventre est translucide, blanchâtre et présente des taches grises. À travers la couche cutanée, les organes internes de l"animal peuvent être vus.

Une grenouille dans un étang.

Écologie et habitat

Pour le moment, le mode de vie de la grenouille de Hall est  inconnu, aucun spécimen de l"espèce n"ayant été observé depuis 1935. Bien qu"il y a beaucoup à découvrir, les auteurs de cette étude récente, publiée dans la revue scientifique Zootaxa, soulignent quelques aspects fondamentaux de son écologie.

Les quelques spécimens trouvés n"habitent qu"à Aguas Calientes, une petite source chaude près d"Ollagüe, au Chili. L"habitat de cette espèce se limiterait à cette source, de sorte que son aire de répartition est d"environ 105 mètres carrés seulement.

La végétation de cette zone est constituée de plantes de la famille des Verbenaceae, telles que Lampaya médicinalis et Acantholippia tarapacana. Dans l"eau, se trouvent des roseaux et autres plantes aquatiques, sous lesquels les têtards se réfugient. Les adultes, très aquatiques, apparaissent sur les rives rocheuses de la source.

D"autres animaux ont été détectés à cet endroit, tels que des crapauds Rhinella spinulosa et des poissons du genre Orestias. Tous partagent la caractéristique d"être des êtres vivants éminemment aquatiques

Comment la grenouille de Hall a-t-elle été retrouvée ?

Pour localiser cet amphibien insaisissable, les chercheurs se sont appuyés sur l"article qui décrivait l"espèce à son origine. Ainsi que sur les chroniques écrites sur l"expédition internationale en haute altitude au Chili datant de 1935.

Cette expédition avait pour but d"étudier les effets physiologiques de l"altitude sur le corps humain, mais elle fut également responsable de la première description scientifique de cet animal. Elle relate les circonstances de cette découverte.

L"aide des habitants locaux a également été essentielle : une meilleure connaissance du terrain et une relation étroite avec la faune locale sont toujours essentielles dans ces cas. Après plusieurs voyages qui les ont amenés à découvrir d"autres espèces d"amphibiens, les chercheurs ont retrouvé cette grenouille en 2015.

L"importance de cette redécouverte

La grenouille de Hall a été redécouverte, mais sa situation est alarmante. Seuls 6 spécimens de cette espèce ont été trouvés, 3 adultes et 3 têtards.

De plus, son seul emplacement est très petit, vulnérable et fortement dégradé par la pression humaine. Bien qu"elles aient survécu jusqu"à aujourd"hui, il est possible que ces grenouilles forment un microendémisme, une espèce qui n"existe que dans ce petit point du monde.

Cette zone est, qui plus est, utilisée à des fins récréatives et touristiques, ce qui a considérablement perturbé son écosystème. Les eaux de la source ont été détournées pour remplir une piscine artificielle, qui a été construite à côté de la source. Il y a aussi une aire de camping et des aires de pique-nique couvertes.

Outre le tourisme, les autres menaces pesant sur l"espèce sont l"exploitation minière, l"agriculture et d"autres activités qui pourraient altérer ou assécher la source. Sans cette eau, les grenouilles ne peuvent pas survivre, car il n"y a pas d"autres endroits à proximité pouvant leur convenir.

Sa redécouverte offre une occasion exceptionnelle d"étudier l"espèce. Mais aussi de mettre en œuvre des mesures de conservation urgentes, avant que l"espèce ne disparaisse de la planète.

Un crapaud en danger d'extinction.

À l"heure actuelle, les connaissances scientifiques sur cette espèce sont si pauvres qu"elle se trouve dans la catégorie « données insuffisantes » par l"Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Elle pourrait vite se retrouver dans la catégorie «en danger critique d"extinction» après de nouvelles recherches.